Pour ce deuxième rendez-vous montreusien de la Red Bull Music Academy, la MJC prenait un virage technoïde en proposant une palette de personnalités particulièrement prospectives.
Gerd Janson n'a pas besoin de jouer les têtes d'affiche pour gagner en respectabilité. Rédacteur pour des magazines allemand aussi incontournables que Groove ou Spex et propriétaire du label Running Back, il sait trouver les bons battements à tout moment. Histoire de confirmer cette aptitude à la polyvalence, c'est à lui qu'incombe la tâche d'ouvrir et de clôturer cette soirée. Il entame avec un set d'electronica qui absorbe un public déjà nombreux, le programme s'enchaînant directement avec Pantha du Prince.
Hendrick Weber débarque sur scène avec sa silhouette de dandy et sa mèche rebelle. Un style peaufiné qui convient particulièrement aux productions finement ciselées de l’auteur de «Black Noise». Un dernier album remarquable qui a permis au producteur allemand d'étendre son approche expérimentale vers de nouveaux territoires. À ce titre, il ne manque pas de rappeler au public qu'il a longtemps frayé dans les courants électroacoustiques. Il commence son live avec toute une gamme de sonorités produites à l'aide d'objets disposés sur son atelier. L'entrechoquement d'un tournevis sur une plaque ou les pluies de cliquetis d'une sculpture cinétique composées de cercles métalliques, toute une palette de petits sons sont directement retravaillés afin de procurer l'héritage industriel qui caractérise son style. L'atmosphère ne tarde pas à s'emplir d'un tamis atonal duquel s'échappent les résonances de vibraphones ou de cloches. Ses propres productions s’enchaînent dans des versions qui restent assez comparables aux enregistrements. L’ensemble sonne toutefois plus deep. Un cocktail qui ne manque pas de produire un effet instantané sur une salle comble de convaincus.
La soirée se délie quelque peu avec l'entrée sur scène du trio Cobblestone Jazz qui balance son répertoire de compositions assez impromptues. Installés de part et d'autre de grandes tables jonchées d'instruments et de consoles de mixages, les trois Canadiens n'ont aucun besoin de singer des gesticulations d’air guitar pour susciter rapidement une franche excitation. En s'appuyant largement sur des parties improvisées, ils construisent couche après couche, un groove aux textures délicatement imbriquées. La foule toujours aussi compacte et festive continue à se laisser porter par ces rythmes vaguement bringuebalants. Efdemin, l'autre signature de label DIal, prend la relève pour un set minimal bien carré. Cet ancien étudiant en acoustique expérimentale a su garder son style de premier de classe et il enchaîne les titres à une cadence métronomique. Un purisme qui ne tarde pas à transformer toute la salle du Montreux Jazz Café en une réplique de club allemand. La soirée se termine avec le retour sur scène de Gerd Janson qui insuffle encore quelques pulsations syncopées à une foule comblée.
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