Même si l’introduction de la salle des Vernets marque un changement de cap décisif, le festival genevois a tenu toutes ses promesses en matière de programmation prospective et de bonnes surprises.
Les rythmes kuduro de Buraka Sum Sistema, l’electro post-apartheid de Spoek Mathambo, l’industriel grandiloquent de Nitzer Ebb ou le set “sleazy” de DJ Reas. L’Usine en état de résonance sous l’effet des basses ou les drones minimalistes subtils du compositeur octogénaire Phil Niblock : ce weekend a été jalonné de part en part par de moments musicaux d’une belle intensité dans une ambiance particulièrement sympathique.
L’apport des workshops, des projections et des expositions dans les différents lieux de la ville a également participé à élargir le festival sur d’autres modes d’expressions touchant aussi bien au skateboard qu’à l’art du hacking. Pour autant qu’il maîtrise les différents effets concomittant découlant de son expansion, il ne fait aucun doute qu’Electron va continuer a consolider sa respectabilité dans le panorama des festivals européens.
Pour cette 11e édition du festival genevois des cultures électroniques de Genève, la Red Bull Music Academy investissait la salle du Palladium pour trois soirées successives.
Day 1
La première soirée, le jeudi 21 avril, proposait une plongée dans les origines de la club culture grâce à deux figures légendaires: Juan Atkins et Andrew Weatherall. C'est yÀn!, l'organisateur des soirées Zoom du Zoo, qui a l'honneur de lancer les premières pulsations de cette soirée largement dédiée à la Techno. On peut surtout apprécier les entrecroisements hypnotiques orchestrés par les VJ’s Sigma 6 et Desaxismundi. Une dizaine d'écrans à plasma de taille variable, placés sur le mur du fond et sur les côtés de la scène, projettent ses modulations colorées de formes géométriques. Un univers particulièrement adapté pour accompagner le set de Juan Atkins qui, avec ses projets Cybotron ou Model 500, s'est inspiré de cette esthétique vectorisée. Il entame avec des productions caractéristiques de la techno de Detroit, un genre qu'il a contribué à façonner au début des années 80 avec Derrick May et Kevin Saunderson. Bien qu'il soit encore tôt, la salle ne tarde pas à se remplir d'un public jeune, rapidement conquis par l'efficacité des "kicks" originels. Chaque montée est accueillie par des cris et, vers une heure du matin, la soirée est sur orbite.
Après une curieuse rocade dans le programme, c'est DVS1 qui prend le relais. Sa «house techno» musclée a de quoi laisser le public un peu perplexe. Cet enchaînement abrupt se fait ressentir et c'est dans un Palladium injustement clairsemé qu'Andrew Weatherhall doit commencer son set. Depuis ses premières raves aux côtés de Paul Oakenfold et des troublions de Madchester, jusqu’à ses productions pour Warp ou sa passion pour le rockabilly et la house balearic, il a posé des jalons incontournables dans l’évolution des musiques électroniques. Avec sa moustache et son style de gentleman respectable, le DJ anglais n'a aucun problème pour infuser son groove hybride contagieux. Basses deep house langoureuses, résonances d'acid house et mixes peaufinés à la perfection, il ne fait aucun doute que tous les clubbers présents conserveront un souvenir indélébile de ce moment passé avec Sir Weatherhall.
Day 2
La soirée du vendredi débute avec la talentueuse Ngoc Lan qui continue de cheminer entre les lignes de démarcation ténues qui relient la deep house, le dubstep et le hip-hop. Sélection audacieuse, mixes précis et charisme invitant, il ne fait aucun doute que l’on va continuer à entendre parler de la DJ neuchâteloise qui avait terminé en 2e position de la session lausannoise du Red Bull Thre3Style. Même si l’esprit reste le même, les morceaux se déstructurent quelque peu avec le live du trio Two Left Ears. Les yeux rivés sur leurs machines et marquant le rythme avec des hochements de tête synchrones, ils construisent ainsi une matrice d'instrumentaux complexes dont les sonorités évoquent aussi bien la musique concrète, le bleep vintage ou les beats cosmiques de Flying Lotus ou de Deadelus. Changement d'ambiance avec l'arrivée d'Andy Smith qui, depuis de nombreuses années, se positionne en propagateur privilégiés des déclinaisons multiples de la soul music. Fidèle à sa réputation, il n’a pas fallu plus d'un morceau au DJ de Bristol pour que toute la salle du Palladium se mette à danser.
Tête d'affiche de la soirée, on se demandait bien ce qu’allait nous mijoter l'habile Lucas MacFadden, aka Cut Chemist. Platine, lecteur CD, Serato et échantillonneur, il dispose d'une panoplie exhaustive de machines pour opérer ses bricolages sonores. Des sélections d’extraits de films apportent une touche efficace en donnant vie aux différents sons triturés par le turntablist californien. Des joueurs de bérimbau, des breakers ou des percussionnistes se succèdent sur les deux écrans géants de manière parfaitement synchronisée avec ses manipulations. Par moment, on se souvient des collages effectués par Kutiman à l'aide de clips glanés sur YouTube. Une concordance étonnante qui prend une dimension supplémentaire lorsque le DJ filme le public pour mixer ses images de manières drolatiques, voire quelquefois tendancieuses. Ce pionnier du turntablism n'a pas fini d'explorer les potentialités offertes par les différentes combinaisons entre des signaux sonores et visuels.
La soirée se termine avec un live Luke Vibert, aka Wagon Christ, qui plonge la salle dans une atmosphère entre hip-hop et psychédélisme. Les écrans se parent de signes cabalistiques noir et blanc traversé par des "I love Acid". Le décor est posé. Grand ordonnateur de cette messe breakbeat, le producteur anglais déploie progressivement qui live qui offrait un aperçu de son talent multifacette.
Day 3
La dernière soirée sur la RBMA Stage proposait un programme plutôt éclectique, susceptible de répondre au public varié présent samedi soir. Avec Dog Almond, Franco Casagrande et Christophe Calpini arpentent les sillons du groove avec une prédilection affirmée pour le mélange des genres. Minitel Rose enchaîne pour le plus grand plaisir d'une première rangée de fans en attente. Après une intro percutante, les français alignent leur relectures electro-pop avec une candeur qui n'a pas manqué de toucher la majorité d’un public déjà convaincu. Cependant, avec leur concert à l'énergie punk détonante, l’arrivée sur scène de Kap Bambino écarte toute éventualité de glisser dans la mièvrerie. Après ces hors d’oeuvres, la salle se remplit pour entendre ce que de Daniel Snaith réservait pour son DJ set. Le compositeur canadien, plus connu à travers les projets Caribou et Manitoba, était en effet l'invité-surprise de ce samedi soir. Grâce à une belle sélection, il a rapidement démontré que l'orientation dance de « Swim» est le fruit d'un plongeon enthousiaste dans la club culture londonienne où il réside. Avec ses mixes aussi fluides que des battements de crawl, il n'a eu aucun problème à mettre tout le monde dans le même bain. Une manière particulièrement appréciée pour terminer en beauté cette édition 2011 pleine de surprises.
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